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12/04/2010 | figure

gouache sur papier

Socrate meurt en compagnie : mais Tolstoi, lui, il n'est pas resté

parmi les siens à deviser sur l'immortalité de l'âme, dans le réconfort de

l'amitié et des consolations spirituelles : il s'enfuit de Iasnaïa Poliana par les

routes, comme un voleur, et finalement va mourir seul, loin des préséances

rassurantes, dans une petite gare de campagne; Astapovo est le symbole

de cette extrême solitude, si inconnue des Grecs. Donc Platon escamote le

seuil aventureux de l'instant. L'ipséité est seule dans l'instant mortel ; or

il ne faut jamais la laisser seule ; aussi les compagnons de l'en-deçà,

ayant escorté Socrate jusqu'à l'extrême limite de la vie, le remettent-ils

directement entre les mains des compagnons de l'au-delà, tous justes

et sages, de telle sorte que l'hétairie des bienheureux prenne immediatement

le relais de la société terrestre et que Socrate, vivant ou mort, ne

reste jamais sans compagnie. Jusqu'au bout, et au delà même de ce bout,

la vie et la survie de Socrate se déroulent dans l'accompagnement

de l'amitié et des libres propos. Les conversations d'ici-bas

s'enchainent par-delà la mort et sans aucune solution de continuité

avec les dialogues des morts : dans l'île des Bienheureux l'entretien

commencé sur terre pourra se prolonger . . . . .

VLADIMIR JANKELEVITCH

La mort


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